La
Lune des Orages 1 & 2
Résumé
:
1840.
A dix-sept ans, Maïté perd brutalement ses parents. Elle est confiée
à la garde d’une tante qu’elle ne connaît pas et qu’elle déteste
d’emblée. Afin d’échapper à la menace d’un mariage forcé
destiné à la dépouiller de son héritage, la jeune fille se voit
contrainte de gagner l’Amérique où lui est offert un emploi de préceptrice
dans une riche famille de Philadelphie. En chemin, elle rencontre Neil
à qui une indéfectible amitié la liera désormais.
Cependant, une idylle malheureuse et les recherches entreprises par sa
tante pour la retrouver remettront en question la quiétude de sa
nouvelle existence. En compagnie de son ami Neil, Maïté quittera
Philadelphie pour la Frontière
et l’Ouest américain. Dans ces vastes étendues sauvages, territoires
des Indiens, la jeune fille sera confrontée à bien des situations
inattendues et surtout, elle y découvrira une passion hors du commun.
Extrait
:
Tome
1 - La croisée des chemins
"
Devant
leurs yeux éblouis s’étalait New York la Fabuleuse. Le bateau avait
abordé quelque temps plus tôt l’embouchure de l’Hudson
River et les passagers, soulagés d’arriver enfin sains et saufs,
observaient avidement les rivages de Staten
Island et Brooklyn, toutes
deux déjà très
dissemblables.
Le
steamer avait rencontré le continent américain à la pointe Nord-Est
de Long Island, première
terre visible après quinze jours de voyage. Cette grande île étirée,
aux côtes très découpées,
aux paysages verdoyants, semblait avoir été placée là exprès
afin de protéger sa petite sœur Manhattan de la violence
des vents atlantiques. Brooklyn en était l’ultime partie et,
encore peu peuplée, abritait principalement les maisons de
campagnes des New Yorkais aisés. L’île de Staten,
par contre, accueillait un charmant petit village de pêcheurs
sur fond de collines boisées.
Maïté
était enchantée de cette entrée en matière qui la confortait dans
ses rêves. Son esprit imaginatif avait forgé de telles visions
magnifiques de l’Amérique... Pays de liberté, symbolisant les
espaces vierges à l’infini et la vie sauvage.
Ensuite,
Manhattan apparut, déjà majestueuse, se détachant comme en filigrane
derrière un léger voile de brume ambiant. La presqu’île, longue
bande de terre étroite et sans relief, s’étalait à la vue des
nouveaux émigrés, entourée de tous côtés par l’élément liquide
ondoyant et scintillant. A l’Est, le long bras de mer de l’East
River baignait ses rivages d’un doux clapotis tandis qu’à
l’Ouest, le fleuve Hudson, surgi
des massifs sauvages des Adirondacks, venait mêler ses courants assagis
à l’onde amère du grand océan.
Derrière
les appontements bordant de part et d’autre sa pointe Sud, Manhattan
– Manna Hatta en algonquin,
dialecte des tribus indiennes des origines – était couverte de
maisons collées les unes aux autres, alignées sagement selon le tracé
rectiligne des rues imposé en 1811 par la Commission pour le Développement
de New York.
Dans
les eaux confinées de l’Upper
Bay, le trafic maritime et fluvial était intense et le grand vapeur
avait peine à progresser en direction des quais."
Tome
2 - Renaissance
"
Déterminé
à éclaircir ce brusque sentiment de malaise qui l’avait saisi, Neil
s’arrangea pour se trouver un moment seul à seule avec Clivia.
-
Tiens, Neil ! s’exclama gaiement celle-ci à sa vue. Vous avez
abandonné vos vaches ?
Le
jeune homme rit de bon cœur en hochant la tête. Puis, il redevint sérieux
:
-
En fait, je désirais m’entretenir avec vous...
-
Ah... A quel propos ? s’enquit Clivia en haussant un sourcil interrogateur.
Si vous voulez, nous pouvons aller nous asseoir sur la véranda.
Nous y serons mieux pour parler.
-
Allons-y, approuva-t-il en prenant le bras de la jeune femme dont la
grossesse, bien avancée, alourdissait la démarche.
Il
l’aida à prendre place dans le rocking-chair puis s’installa face
à elle, à califourchon sur une chaise. Il observa Clivia quelques
secondes avant de déclarer :
-
Je voulais vous parler de Maïté... Pour tout dire, elle m’inquiète
un peu. Je ne crois pas qu’elle vous ait déjà mise au courant, mais
il semblerait qu’elle souhaite s’installer ici pour un temps indéterminé.
C’est vrai que je l’ai trouvée resplendissante à mon arrivée mais
je crains qu’elle ne se complaise dans une solitude qui finira par lui
nuire. Sa malencontreuse expérience avec Dennis Lawson l’a sans doute
davantage marquée qu’il n’y paraissait. En demeurant auprès de
vous, je suis certain qu’elle fuit les hommes et se sent à l’abri
d’une autre éventuelle rencontre désastreuse. S’en est-elle
ouverte à vous?
Vous parle-t-elle parfois encore de Lawson ?
Inconsciemment,
Clivia poussa un soupir et laissa errer un regard grave sur le visage de
son interlocuteur. Elle avait tant espéré et redouté tout à la fois
cet instant. Neil était-il prêt à entendre ce qu’elle avait à lui
apprendre ? Et avait-elle seulement le droit de divulguer le secret de
son amie ?
Indécise,
Clivia tergiversa :
-
Je crois Maïté très heureuse parmi nous, Neil. Mais je suis
d’accord avec vous pour juger que sa place ne devrait pas être ici,
du moins à trop long terme. Quant à Dennis Lawson, elle ne m’en
parle plus depuis longtemps, suffisamment en tous cas pour espérer
qu’elle l’ait rayé de sa mémoire. Mais vous n’êtes pas sans
savoir qu’elle possède un caractère à l’indépendance affirmée
et elle ne me raconte certainement pas toujours ses états d’âme...
(Neil hocha affirmativement la tête.) Elle passe aussi beaucoup de
temps en compagnie de cet Indien... heu... Lame Agile, c’est cela ?
Surtout depuis que Tom est parti. Je peux bien vous avouer que cela ne
me plaît guère, mais mon mari n’y voit aucun inconvénient...
Neil
intervint de façon mesurée. Il sentait bien que le nœud du problème
se situait là, sous son nez, sans qu’il parvienne à mettre le doigt
dessus. Et peut-être que Clivia en savait plus qu’elle ne le laissait
entendre :
-
Lame Agile n’est pas dangereux, Clivia... Evidemment, son allure a de
quoi impressionner les âmes sensibles, je vous l’accorde.
Mais il ne faut pas s’arrêter à ses affûtiaux de Sioux.
C’est un homme au caractère noble et entier. Je l’estime énormément.
-
Maïté est fascinée par lui..., lâcha Clivia sourdement en baissant
brusquement les yeux. Moi, il me fait peur... et j’ai peur pour elle."